On ne nous arrête plus, ses avec un grand plaisir qu'on vous ressort différentes interviews en ce moment. Voici celle de HINT qu'on remercie chaleuresement, cette interview à été enregistré et donc retranscrite lors de leur passage au Lévitation Festival au Chabada en 2024.

Philippe :
Salut. Moi je démarre toujours les interviews par cette même question. HINT qu'est-ce que c'est ?
Arnaud :
HINT, C'est deux bonhommes qui se rencontrent au milieu des années 90 dans un local de répétition à Angers. Hervé jouait dans les Shakin Dolls, moi dans Beppy Faliero. On partageait le même local. Et puis j'avais des cuivres, Hervé s'était acheté des samplers, on jouait tous les deux de la guitare. Il m'a dit « Tu connais John Zorn ? » J'ai dit « Non. » « Bien, il faut que je te fasse écouter. » Et puis on a commencé à répéter. Et donc on a fait une musique la nôtre.
Pendant des années, et un projet musical où on voulait un peu casser les codes, les frontières, pas penser au schéma pop, pas faire comme on faisait dans d'autres groupes d'avant, et quelque chose d'un petit peu nouveau, personnel. C'est un petit peu ça. Et du coup maintenant on est un groupe qui est bizarrement toujours là, sans rien sortir, mais qui existe toujours. Au bout de 30 ans de carrière. C'est un mot qu'on n'emploie pas chez nous. Parce que ce n’est pas le cas. C'est des pauses sans être des pauses. C'est un pas et de temps en temps il y a des opportunités, des occasions qui fait qu'on va faire quelques dates, une collab, ressortir un album d'inédit ou faire des rééditions, selon les envies des labels, des demandes qu'on a pour jouer. Et on arrive à cette année 2024 où on n'avait rien de prévu, ça a joué très vite. Et l'idée de dire mais attends, 94, 2024, hop, donc contacter l'ancien tourneur de l'époque, des années 90-2000, en disant nos 30 ans, on peut peut-être faire quelques dates. Et bing, c'est tombé. Et puis des belles salles, des beaux festoches, 13 concerts alors qu'on ne comptait pas du tout en faire autant. Mais bon...
Philippe :
Justement, vous parlez de votre musique qui est assez en marge, assez singulière. Comment s'est façonné ce son "Hint" ?
Arnaud :
Surtout sans réfléchir. Oui, en fait, ça c'est une question qui peut se poser 30 ans après. Parce que, en fait, si je me réfère à l'impression qu'on a eue quand on a repris les dates, la première date à Paris, je ne sais pas en quelle année c'était, après une assez longue pause, on va dire, c'était la première date de HINT tout seul après la tournée HINT-Ezékiel, donc 2012, 13, 14, je ne sais rien. Et là, on n'avait pas trop répété. On n'avait pas répété avant. On branche les amplis et on relance le truc. Et on a dit : Moi ça m'a fait ça en tout cas, j'ai dit : "Ok, c'est ça le son d’HINT dont on nous parle depuis tant de temps." Parce qu'en fait, quand tu es dans le truc, tu ne te rends pas compte de ce que tu fabriques. Et donc en fait, avec ces quelques années d'absence, et le fait de ne pas avoir répété et tout, de se relancer, de remonter sur le vélo quoi, et là on s'est dit : "Ah ouais d'accord, ok, en fait c'est ça, mais en fait c'est ça, c'est quoi ? C'est juste que moi mes amplis, les réglages, ils sont tous tout droit, c'est tout à midi, sur les pédales c'est pareil, c'est tout à midi, Donc en fait, si tu veux vraiment, parce qu'on nous la pose cette question, si tu veux vraiment essayer d'analyser le truc, il dit mais attends, qui que quoi en fait ? Mais ce n’est pas le son, il n'a pas été réfléchi. Il est dans le mélange de nos deux sons, le mélange de nos deux histoires musicales et le mélange de l'interaction immédiate entre les deux personnes. En fait c'est ça, et puis c'est la manière de jouer j'imagine. Forcément, quelque part oui. Donc voilà, il n'y a pas d'intention au départ. L'intention, s'il y en avait une, c'était de faire un truc qui n'avait jamais été écouté. Dès qu'on est tombé sur un truc déjà existant, on se disait : « Bon, ça on l'a déjà entendu, on l'a déjà fait, on passe. » Mais on ne réfléchissait pas tant que ça. C'était l'instinct de : « Ça sort, on joue, tu improvises, tu joues. » Et là, tu te dis : « Oh, c'est cool. » Voilà, ça va être ça. Et puis après, ça peut venir vite ou pas. D'ailleurs les morceaux qui étaient longs à accoucher n'ont pas eu de longue vie derrière. Alors que des morceaux immédiats, même très simples, les premiers morceaux, boîte à rythme de guitare, ou le sax, moi je ne savais pas jouer du sax, donc je faisais juste faire crier le sax, mais du coup ça donnait une personnalité sans... Alors que ce n’était pas le but, c'est juste que je ne savais pas... Je voulais faire comme John Zorn, sauf que je ne sais absolument pas jouer comme John Zorn, lui il fait des vrais sons aigus, moi je mange le manche à pleine dents et je crache le bois derrière. Mais donc ça ne fait pas pareil, mais du coup ça a créé un son qui est un petit peu identitaire.
Philippe :
Je veux juste revenir sur l'époque chez Shakin Dolls et Bepi Faliero. A cette époque-là, où vous démarrez le groupe HINT, qu'est-ce qu'ont pensé les copains de ce nouveau groupe ? Et surtout, le son qui commence à exister par rapport au son, la différence de son entre les groupes que vous aviez et celui-là.
Arnaud :
Oui, alors pour ma part, il y avait une grosse différence. Nous, on faisait la noisy pop, mais on faisait à la fois le Velvet, les Pixies, Sonic Youth.
Philippe :
Et qu'est-ce que vous ont dit les membres ?
Arnaud :
J'ai trouvé ça super. Nous Bepifalero, c'était sur la fin. On savait que ce ne serait pas un groupe qui deviendrait professionnel. On avait d'autres envies. Ça dépend parce que certains ont continué derrière. Cali, qui était dans Bepifalero, est notre ingé son de Hint depuis un paquet de temps maintenant. Moi à l'époque, je sais que c'était la grosse vague 90's quoi, donc Sonic Youth m'a amené à Nirvana et puis Hervé était à fond dedans aussi. C'est ce qui a fait le lien au début, c'était la vague grunge, le label Sub Pop, toi t'écoutais ça à fond. Il écoutait ce pop grunge mais il écoutait aussi des trucs comme God Flesh, les premiers Ministries ou Korn ou les trucs de Johnson surtout Pinky and the Naked City c'était une grosse révélation et donc moi j'ai complètement élargi mon champ d'écoute sur des choses beaucoup plus dures dans le son et j'y suis toujours et ton côté ?
Hervé :
Je n’ai pas eu de retour de leur part, le fait est qu'ils avaient lâché un peu l'affaire au niveau du groupe. Pas mécontent que je retombe sur mes pieds parce que dans l'équipe on était quand même cinq et de tous j'étais celui qui était le plus amené à poursuivre quelque chose dans la musique. Avec le batteur de Chiquitos qui était notre premier ingénieur.
Oui, voilà, il y avait Dominique qui nous suivait quand même, même s'il nous a suivis non musicalement mais en tant que technicien. Donc en fait, je pense que ça les a aussi intrigués, je ne peux pas parler trop à leur place parce que je n’ai jamais eu de retour, ils ont toujours été, je pense, oui, intrigués de la démarche. Parce qu'en fait, c'est vrai que c'est quelque chose d'un peu expérimental au sens propre du terme, c'est-à-dire de dire : "Bon, on mélange un peu tout, on fait du son, du sax, du machin..." Donc je pense qu'ils ont dû voir ça d'un œil un peu étrange, et même encore, sans parler de ces personnes-là, il y en a qui font des gros yeux quand ils voient notre mode de fonctionnement. Nous, on a même du mal à l'expliquer, donc ça veut bien dire que c'est quelque chose d'un peu étrange. Donc en fait, le fait de voir comme ça...
Philippe :
Quand on voit l'empreinte de la musique Angevine ou l'empreinte de la musique Nantaise, ça sortait un petit peu du lot.
Arnaud :
Oui, oui, mais je pense qu'on peut voir des filiations. Les filiations, elles sont plus sur les modes de fonctionnement. On est à Angers, Les Thugs, c'est clair, net, c'est un moteur énorme qui donne envie aux gens plus jeunes comme nous d'y aller parce qu'on se dit, c'est possible, les mecs tournent aux Etats-Unis, sont édités chez Sub Pop, font des tournées, jouent avec Sonic Youth et Nirvana et tout. Nous, on a 7, 8... En moins on veut faire pareil donc c'est un moteur et puis même sur la structuration de tout ce qui s'est passé sur Angers Radical est né grâce aux Thugs parce que c'était la structure qui manageait Les Thugs et donc il y a plein de choses qui sont nées donc je ne parle pas de genre musical je parle d'état d'esprit d'y aller voilà c'est là l'affiliation elle est là parce que nous on a joué avec Les Thugs mais on n’a rien à voir musicalement avec les thugs rien du tout.
Ritchie :
Après Checking Dolls t'avais monté Jug ?
Hervé :
Oui, il y a eu la petite parenthèse Jug, oui, non, ça n'a pas duré longtemps parce que c'était un peu un intermédiaire. Musicalement parlant, historiquement parlant, ça s'explique en fait chez Shaking, plus groupe de potes, Garage, Sixties, machin bidule. Après, effectivement, avec cette vague, ce pop entre guillemets, moi j'ai tiré plus vers le grunge, un tas de compagnie. Et comme les Olivier et puis Les gars de Jug étaient aussi là-dedans. On a fait un truc qui bastonnait mais ça a duré 2-3 ans parce qu'on n'avait pas tous dans l'idée de poursuivre. Mais on a fait quand même quelques dates, notamment avec Death Robi, le groupe aussi assez noise. Et il se permettait de taper sur la batoche comme un gros malade. Et du coup ça a fait le lien jusqu'à temps que je rencontre Arnaud. Tout s'est fait un petit peu en même temps.
Ritchie :
Tu avais encore Jug, un des premiers concerts de HINT était en remplacement d'une date de Shakin Dolls, le Printemps de Bourges.
Arnaud :
Il y a eu des trucs comme ça, tout s'est enchevêtré. On a démarré sur un petit peu la raid Shake Windows et Jug, mais tout s'est joué sur six mois. Après c'est vrai que moi je ne suis pas journaliste musical, mais même les... Je suis en train de me rappeler de ça, à la fin les Shaking ça virait un peu vers le... Un peu plus... C'était des morceaux un peu plus "noise" entre guillemets, mais ça ne correspondait pas à notre ADN entre guillemets, donc en fait finalement...
Philippe :
Vous étiez les Mudhoney quoi !
Arnaud :
Voilà c'est ça !
Non mais c'est clair !
Non mais voilà !
Ritchie :
Vous preniez une douche par mois, vous avez des guitares complètement explosées...
Arnaud :
On marchait sur nos cheveux, oui... Non, non, mais voilà, c'est vrai que c'est difficile de refaire le CV après coup, surtout trop tard après.
Ritchie :
Alors justement, tu parles d'ADN, est-ce qu'il y a quand même quelque chose dans la création où vous vous retrouvez un peu comme des siamois ?
Hervé :
En fait, quand tu es un collectif créatif, il faut bien à un moment donné s'entendre sur des points communs. Donc les shakings, c'était déjà la déconnade d'anthropote, et puis A5... Il faut savoir qu'un groupe, plus on est nombreux, plus c'est compliqué. Mais je dis ça, c'est une parenthèse. Donc l'idée, c'était ça, c'était de faire du garage, puis des morceaux accessibles à tout le monde, un peu festifs, un peu machin, puis dans l'air du temps à l'époque. Et c'est vrai qu'après, avec Arnaud, ce n’était pas trop ça l'idée. Musicalement, c'était de faire quelque chose de plus... Introspectif. Plus introspectif, plus inédit, plus... Essayer sur les chemins. Essayer des choses. Oui, essayer des choses. C'est ça l'idée en fait. Parce qu'en fait, on parle de ça, mais à l'époque, je veux dire, s'il n'y avait pas eu Black & Noir pour nous dire « c'est intéressant ce que vous faites, faites-moi votre cassette, etc. » S'il n'y a pas des gens comme ça, ça fait pouf dans l'eau en fait notre truc. Et s'il n'y a pas des mecs pour nous programmer pour dire « ah ouais, c'est pas mal, ça a l'air d'être intéressant, on va vous faire venir. » ça fait plouf en fait, on reste deux abrutis dans le local de répète à faire du "ngh-ngh-ngh". Sauf qu'en fait le miracle c'est qu'effectivement ça a rencontré un certain intérêt par je ne sais quel miracle. Par les fanzines, la décision des cassettes. Je me souviens très bien, une fois Bastard vient jouer au Chabada, on leur file des cassettes, ils partaient en Italie, et quelques mois après on allait en Italie. Tu vois à l'époque il y avait quand même ce petit truc DIY, qui existe encore chez les jeunes dans le monde et c'est le cas avec les autres qui a bien vu le grand tournoi en juillet le représentant et pour cent c'est cool fragile ça te ça ne te pose pas de soucis qui s'est pris le nom le même nom que le que le projet de série aussi heureux à chaque côté la journée par la monnaie jour avec la suite de ce que je faisais pour les royalistes de leur part.
Fred :
Si on parle de Fragile Hérvé, ça te fait quoi de savoir qu’un groupe angevin s’appelle Fragile ?
Il y en a deux et les deux sont à Angers. Mais oui, c'est vrai. Ils ne savaient pas. Oui, j'imagine. Non, ils ne savaient pas leur âge. Mais il y a déjà eu des confusions sur le Internet. Mais je leur ai posé la question justement. Ils se sont fait taguer. Quand ça parle de fragile, de Hervé, ils se sont fait taguer. Ce n’est pas nous. Mais la bisouïte quand même. En fait, ce n'est pas de chance pour eux parce que j'avais une notoriété telle que ça va les emmerder. Non, ça va juste me permettre de déconner, de ressortir mes déchanges fragiles. C'est drôle ça. C'est drôle, c'est drôle. C'est juste drôle. Ils ont joué hier soir, tu peux l'aider. C'est juste improbable en fait, c'est incroyable en fait. On va dire que c'est toi qui as créé le groupe. L'idée du nom était bonne, moi qui souvent je trouve les noms de groupe un peu pourris, c'est la preuve que ce n’est pas de tignes qu'il y ait un deuxième groupe.
Philippe :
En parlant de nom, pourquoi HINT ? C'est venu comme ça ?
Arnaud :
Ah bah comme une pochette ! Ouais c'est le Saint-Esprit ! Non moi j'étais un gros fan de Fuge Tunnel, notamment l'album noir, 18... 101. Et je le connaissais les gars parce que... J'avais une émission sur les bruits avec Dom. Ce n’est pas vrai ? Laquelle ? Je ne sais pas comment ça s'appelle. On était du genre à faire des allers-retours pour les groupes dont on était fan. Je me souviens d'un aller-retour à Paris. On a repris Superfuzz Big Muff. C'était nous ça ? Oui, c'était nous. Parce que je confonds avec l'émission. On a pris juste après. Ah, excellent. C'était le jeudi soir. C'est possible.
Arnaud :
Moi je m'en souviens, c'était à DEMO le dimanche soir.
Ouais, le...
Bah oui, effectivement.
Le Covid, c'était apte à ranger les choses au grenier, et je suis retombé sur des playlists, écrites par Dom, avec des boutonnées. Et pourquoi je disais ça ? Nanana nanana oui on a fait un aller-retour à Paris pour enregistrer les Fudge Tunnel, les purs anglais avec un humour de énième degré, il y avait quoi 20 pélos au truc. Et pourquoi je dis ça ? Parce que j'étais un gros fan et que je suis un gros fan du disque et que dans le disque, dans la pochette, ils racontent n'importe quoi parce que c'est des... Des anglais avec un humour anglais et à un moment donné je ne sais pas ce qu'il bouine je ne sais pas ce qu'il raconte il y a marqué "HINT HINT HINT" qui veut dire "indice, indice, indice" donc je pense que c'est genre ils doivent lancer une vanne et ils doivent se dire je ne sais pas quoi c'est un indice pour je ne sais quelle vanne entre potes je n'en sais rien je ne veux même pas il dit "you're a social pomerolce" donc pour ceux qui ont le vinyle il suffit d'aller voir la pochette.
Philippe :
On a parlé tout à l'heure un peu de projets parallèles. Vous avez eu aussi à des moments des groupes composés, je pensais à Dead Hippies par exemple. Ça aurait pu marcher ?
Arnaud :
Je n’en sais rien, ça a été compliqué l'histoire. Mais j'aimais bien ce projet, c'est chouette. On a tourné un premier album et sur le deuxième ça repartait, sauf qu'il y a eu le Covid et là ça a tué beaucoup, c'était compliqué.
Philippe :
Et entre ce projet-là, il y en a eu d'autres ?
Arnaud :
Il y a eu La Phase, quoi.
La Phase, oui. Forcément, oui. La Phase, il a joué.
Fred :
Question sur HINT. Est-ce que tu as fait écouter HINT à Thurstoon Moore ? Tu as joué avec lui en première partie ?
Arnaud :
Je lui ai filé le premier album. Je lui ai filé pas mal de...
Fred :
Et il en a pensé quoi, du coup ?
Arnaud :
Alors, je ne sais pas ce qu'il en a pensé.
Je ne sais pas, oui. Il m'a filé ses derniers albums. On a fait des échanges de bons procédés en loge. Il m'a filé son bouquin de poésie dédicacé à Yassimo, trop sympa. Des t-shirts, des disques, j'étais trop content. J'étais comme un gamin. Tu m'étonnes. Tous les deux. Et donc, je vais vous présenter... Je lui ai filé l'album de 100% White Puzzle, j'ai expliqué que ça il y a presque 30 ans, c'était les débuts, etc. Il avait l'air très intéressé. J'avais filé le Atonalist, le truc que j'ai fait avec Renaud Pion et Gavin Friday. Donc ça, il connaissait beaucoup de... Plus de ce qu'il y avait des remerciements d'Américains, par exemple, que connaissait Renaud, etc. Donc, je connais un tel machin, ça avait l'air de bien intéresser le truc. Parce que là, c'était encore plus barré, encore plus dans l'expérience, les croisements des genres musicaux, qui incluait même des polyrythmies africaines avec de la musique baroque. Donc, c'était vraiment poussé. C'était une chouette rencontre. Je lui fais les trucs de HINT, est-ce qu'il a écouté ? Je n'en sais rien. Il m'envoie des petits messages de temps en temps super sympas sur "t'as un beau t-shirt" ou "le feu" sur le morceau. On ne s'envoie pas de la prose. Ça reste un autre monde aussi.
Oui, mais pour moi, j'ai touché... C'est un mec adorable. J'ai fait mes deux premiers concerts solos en première partie de vie. C'était une rencontre superbe. C'est tellement simple que j'aime le plus. J'aime tout ce qu'il fait depuis le début. J'aime la personne, son art, etc. Et moi j'ai arrêté de jouer de la guitare et j'ai recommencé à jouer de la guitare quand j'ai découvert ce mec. Au même titre qu'en France, Deity Guns ou que Velvet en a grandi avant. C'est la façon d'aborder la guitare. Pas comme un rockeur qui fait les trois accords majeurs. C'est-à-dire de jouer autrement. C'est un accordage d'une... Un peu différent dans chaque jeu de guitare.
Oui, alors lui, il va jusqu'au boutisme. Moi, c'est plus sur la torsion. On joue beaucoup sur les torsions, plus sur les trucs comme ça. Enfin, je pourrais parler des heures, on ne sait pas le sujet. Mais c'était un chouette... Clin d’œil.
Si on parle de carrière, parce que ça fait quand même 32 ans que je suis sur la route, ce moment-là, c'était il y a deux ans, c'était fort. C'était vraiment... Je dis là, c'est dans mes cases, ça, je coche. Plusieurs faits et je vois les choses à prévoir et je vais bien y retourner.
Fred :
Vous avez aussi des supports visuels en fond d'écran, ça vient d’où ? C'est Hervé ?
Arnaud :
Oui, à l'époque, je ne sais pas comment ça m'est venu l'idée. Alors si, au début, on a des premiers concerts. Hervé, il est ingénieur. Donc, il triturait les vieilles télés. Et on avait des télés cathodiques qui bricolaient pour brancher au cul des amplis. Et donc, les ondes, ça faisait des ondes sur la télé en fonction de l'intensité qu'on mettait dans le jeu de la guitare. Parce qu'en fait, tu peux remplacer une bobine de tube. En fait, tu remplaces un HP par une bobine de tube. Donc, sur le Fender, il y en avait... Il y avait un HP qui allait au HP et puis il y avait l'autre sortie qui allait sur la télé. Et on s'est dit : "Ça serait bien d'améliorer un peu le truc." Surtout que ça cassait. C'était lourd à travailler. Et ça tombait en panne. L'enfer. Non, et puis c'est vrai que, comme je disais tout à l'heure, je passais pas mal de temps à la BM ou à ma tête et tout ce qui est documentaire et tout. Et au bout d'un moment, je me suis dit : "Mais putain, mais il y a vachement de sources." Et même, j'ai gardé le réflexe vachement longtemps après. Après "Lit", j'ai toujours regardé ce réflexe, un peu moins maintenant, mais quand je vois des images de documentaires intéressants, je me dis : "Putain, ça ferait une superbe source visuelle !" Il y en a plein en fait. Peut-être que maintenant, on se ferait un petit peu plus engueuler avec les droits et compagnie, mais à l'époque, je n'arrêtais pas. Le VHS, il tournait... Tourner la nuit parce que je repérais les documentaires donc c'était les débuts d'art et un truc sur la deuxième guerre mondiale je n’en sais rien j'ai n'importe quoi mais des films expérimentaux ouais les trucs expérimentaux et on prend mais t'en prends 10 secondes 5 secondes machin bidule et puis après à passer la pauvre cassette.
Pour Jack, qui franchit sa gueule parce que c'était à l'ancienne. Deux magnétoscopes, 20 cassettes à rembobiner à chaque fois. Et puis, il y avait telle vidéo sur tel truc. Et puis, avec une mixette. Plus le diapo et boucle de projection 16 mm.
Philippe :
Ça veut dire qu'il y avait quelqu'un d'autre avec vous.
Hervé :
Ah oui, il y avait un troisième musicien. Et c'était un sacré merdier. Il avait sa propre partoche. Enfin, on s'était mis d'accord sur les trucs, mais c'est lui qui a un peu posé, qui a organisé un peu les vidéos sur tel morceau, tel morceau. Et puis toi, après, tu as réussi à récupérer les sources et à les renumériser, à garder l'esprit du jeu. C'est les images d'époque, c'est juste qu'elles ont été numérisées, mais c'est ultra pixelisé, c'est de l'ultra basse def, on est à l'antithèse du 4K ou 8K. C'est du VHS, c'est du VHS. Scanné de manière ultra lo-fi, donc c'est dégueulasse.
Philippe :
Et le ballon ? De quoi ? C'est avec Ezekiel.
Arnaud :
Ah, c'est avec Ezekiel. C'est Ezekiel, ça.
Fred :
Est-ce que vous pouvez revenir sur le bouquin de la cité nymphale de Stéphane Beauverger, justement ?
Alors ça, j'ai été contacté par l'éditeur d'abord. C'est La Volte. Oui, La Volte, tout à fait. C'était distribué au Seuil.
Fred :
Quand ça s'est fait, la rencontre ? À Nantes ?
Arnaud :
Non, à Paris. Je suis allé à Paris. J'avais des rendez-vous pour aller avec La Phase et tout. Je m'étais échappé une journée. J'avais rencontré le mec de l'éditeur et Stéphane Beauverger, le primaire. Le mec était fan hardcore de Hint et il nous a demandé de faire une bande originale de livre. A l'époque on n'était vraiment pas actifs, il n'y avait pas de sorte de composé. Donc en fait on a vraiment fait un montage avec des bouts de trucs rares, des ambiances. C'était une seule plage de 45 minutes, un truc comme ça et le CD était vendu dans le livre. C'est vraiment ça. Je n'ai pas écouté depuis... Je n’ai pas relu le bouquin mais... Le bouquin est bien, la trilogie, c'était le tome.
Fred :
Ah c'est une trilogie ?
Arnaud :
C'est une trilogie, c'est trois tomes, il faut lire les trois. Alors je sais plus dans quel ordre c'est, je sais plus si celui avec le disque c'est le premier ou le dernier. C'est la trilogie des 9 structures, il y a Chromosome, Noctivore et la Cité Nymphale, un truc comme ça.
Fred :
Ok. Et très bien d'ailleurs la trilogie. Je vais me la remettre dans les yeux. Et puis bande originale de livre, pourquoi pas bande originale de film.
Fred :
Je pose souvent cette question aux artistes parce que j'ai un peu l'impression que c'est ce que les artistes ont envie aussi.
Arnaud
Nous on aurait aimé, on n'est pas connectés. Donc on a eu... Notre musique a servi à beaucoup de synchros sur les documentaires, toujours des trucs de guerre, des trucs affreux, sur les exodes...
Fred : J'en ai entendu sur France 2 un jour...
Hervé :
Ouais ouais, sur France 5, France 2, France 3... Enfin le service public s'est bien servi pour toujours des trucs... La Pologne, l'exode je ne sais pas quoi... Toujours très Europe de l'Est, bizarrement, toujours des trucs tristes. Mais donc ça a servi comme ça. Ah si, on a fait la BO, si si ! Nos morceaux ont servi à l'idéal d'un film, d'un long métrage, j'étais allé à la première à Bercy, à Paris, ça s'appelait Les Aliens de Yvan Gauthier. Et il y avait une bande son très rock où il y avait des morceaux de...
Arnaud :
Une compilation aussi.
Hervé :
Oui, il y avait une compilation chez BMG. Et en fait, nous, il se trouve que 100% White Puzzle faisait le générique et la baston finale entre le méchant et le gentil, c'était Eyes in Axis. Alors là, quand je suis dans le cinéma à Bercy, au cours Saint-Emilion, je reprenais plein la gueule les images, ça marche trop bien. Donc voilà, mais on n'a jamais composé exprès pour l'image et ça c'est un petit regret. C'est vrai que... Peut-être que ça arrivera. Ouais, ouais, ouais. Et c'est vrai qu’après... Moi je me suis souvent posé la question, il n'y a pas de doute que je pense qu'on saurait faire. Après c'est dans la méthode, comme nous il nous faut parfois du temps, ou parfois... C'est très... C'est très particulier. Ce que je veux dire par là, c'est que c'est souvent des commandes, ça. Qui dit commande, dit souvent délai, dit souvent pression, dit souvent machin, dit souvent truc. Ça passe où ça casse. Soit on se serait arraché, on aurait pondu un truc. Mais c'est notre mode de fonctionnement. On a été emmerdé à l'enregistrement de 10, par exemple, où des morceaux ne fonctionnaient pas du tout, au final. En studio, c'est notre méthode. C'est funambuliste. Donc, en fait, tu es là à une idée près, ça marche, ça ne marche pas. Donc, tu peux te retrouver du bon côté ou du mauvais côté. Mais bon, si, ça pourrait être sympa. Parce que les seules fois, les quelques fois où, effectivement, ça a servi après tout, par contre, moi, j'ai le sentiment que c'est une musique qui Il y a des morceaux en fait, on a refusé des plans même cet été-là de festivals assez gros. Parce que qui dit gros festival dit slot d'après-midi parce qu'il n'y a pas de slot la nuit. On nous demandait de jouer sans la vidéo. No way. Ça ne se joue pas sans vidéo.
Philippe :
Pour vous, la logique, c'est de jouer le soir, comme là, ce soir.
Arnaud :
Oui, exactement. Ce qui est très rare. On a fait très peu de festivals à Côte d'Ivoire. On était dans les salles. En plus, on avait une musique qui prête plus à jouer de nuit. Avec des gens qui ont un petit peu - Non, il faut juste en effet jouer la nuit ou dans le noir, il faut l'image. - Pour les vidéos, je croyais. - On a fait une fois un concert sur un festival à Paris, je me souviens. - Oui, on en reparlait. - En après-midi, sur un salon musicora, je crois. - Non, ça ne ressemblait à rien. - À la Villette, là, c'était chiant. Non, mais autant pour le public et pour nous, il faut qu'il y ait un truc qui passe. Il faut qu'il y ait une ambiance qui soit posée. Et c'est un peu le côté funambule dont je parlais tout à l'heure. Ça surfe ou ça ne surfe pas. Ça se passe toujours bien, mais des fois, tu sens qu'il se passe vraiment un truc et ça glisse. Et puis des fois, ça n'est plus... Et ça, c'est dû au moment, c'est dû à l'endroit, c'est dû à nous, c'est dû aux gens.
Fred :
Une question de Kalcha. Ça fait quoi de jouer au salon d'érotisme, les gars ? Il y a quelques années, en arrière, avec HINT. Vous n’avez pas joué au salon de l'érotisme ? C'est Kalcha qui m'avait demandé ça, non ? Putain, mais c'est un enfoiré ! Il m'a dit que c'était vous !
C'est le prank ! Je ne vous avais pas posé la question quand je vous avais vu avec Ezekiel et HINT, justement. Est-ce que vous pouvez revenir sur cette tournée ? Comment ça s'était fait ?
Arnaud :
Alors, c'est assez important, c'est "Jarring Effect", le label.
D'accord, oui, le label.
Que moi je connaissais bien avec La Phaze, parce que les premières phases se sont dites chez Jarring, en même temps que Hightone, Zenzile. La Phaze, c'était les 4 premiers groupes de Jarring. Moi je connaissais bien les... On jouait très très souvent avec Ezekiel, on se connaissait, etc. Mais tous les mecs, les fondateurs de Jarring, étaient des fans de Hint. D'accord. Et nous on ne le connaissait pas avant. C'est pour ça d'ailleurs que La Phase est arrivée, c'est parce qu'il y avait une filiation qui... Voilà, même si le genre musical n'avait rien à voir. Et donc pour les 5 ans du label, ils avaient leur festival qui s'appelle "Riddim Collision", ils ont proposé une créa. Et eux, la créa, l'idée c'était de faire Ezekiel avec HINT. Et moi je connaissais très bien Ezekiel et tout, et je trouvais l'idée super. On s'est rencontrés dans le resto de mon frère chez Rémy à Angers, on a discuté l'après-midi, toi Hervé tu les as découverts. Et puis ça a matché. Et le projet était génial artistiquement, génial humainement. Oui, en plus. En fait, ce n'est pas en plus, c'est que c'est complètement essentiel. Et en fait, ce truc qui ne devait faire que deux dates, la salle à Annecy parce qu'on faisait la résidence et le festival à Lyon, finalement, c'est parti sur une tournée de dix dates qui a été captée. Donc, CD, DVD, mais ils en ont vendu des palanqués, donc grosse tournée derrière. Et ça a fini quand on jouait avec Mogwai en Allemagne sur des festoches. Ah oui, c'était ouf ! L'histoire, elle était folle, elle était bargot. Et c'était génial, c'était un bon projet. Et les gens m'en parlent sur la route, les gens me parlent tout le temps de ce projet Ezekiel Hint qui a bien bien marqué. Je me suis soucié d'ailleurs tout à l'heure, c'est ça qui m'a un peu surpris, c'est que le processus créatif est long, et là c'est ce que vous racontez dans le DVD, c'est qu'en fait ça a été hyper rapide, vous n'avez pas eu le temps de préparer. En fait, il y a eu ces deux premières dates où effectivement c'était censé être un one shot, donc on s'est bien focus sur ces deux dates et effectivement on a fait un truc qui n'était pas censé durer, donc il y avait en fait... L'histoire d'après, on ne la connaissait pas à l'époque, donc c'est deux dates. Et quand on s'est quitté, on s'est dit : "C'est quand même dommage parce qu'on est bien rentrés dans le sujet, on a des choses à s'apprendre l'un l'autre parce qu'on n'a pas le même univers musical et puis même la manière de bosser n'est pas la même." On s'est donné toutes ces énergies sur deux dates et c'est vrai que c'est un peu frustrant de rester là. Donc on en a remis une couche, ce qui nous a permis aussi de plus nous connaître, parce que deux dates, c'est vrai que c'est un peu court, on avait bossé un peu avant, mais voilà. Humainement, on sentait bien qu'on allait bien s'entendre, bien se marrer. Donc, c'est vraiment moi, je dis sur les dates d'après que ça a vraiment, ça a vraiment, ça a vraiment switcher et décollé. Même une. Parce qu'après, on apprend à se connaître dans le jeu. Ce n’est pas évident. On vient quand même de deux univers, de deux méthodes créatives différentes. Nous, on était deux. Ils sont quatre, quatre ou cinq. Mettre tout ce monde-là ensemble, plus créer un truc cohérent au niveau mise en scène, lumière, son, etc. Ça, voilà. Et quand ça s'est mis en place, par contre, effectivement, on s'est dit Ah ouais, là, quand ça s'imbrique, là, les deux, les deux affaires. Avec un total respect en plus de l'univers musical des autres parce que vraiment, eux, c'était quand même... Bon, on ne va pas livrer les secrets, mais nous, c'est plutôt simple, nos affaires. Eux, par contre, c'est un peu plus évolué. Donc, on a réussi à se glisser l'un dans l'autre et dans les deux univers. Et on a presque effectivement les retours qu'on entend encore même maintenant. Effectivement, ça... C'est resté, Zenzilé. Tout le monde a envie de revoir ce live. On en parle régulièrement.
Philippe :
Une dernière question avant de partir, vos premiers souvenirs musicaux, quand vous étiez tout petit ?
Hervé :
Moi ça va être très simple, quitte à paraître totalement ringard, mais moi j'ai dû avoir ma première gratte en quatrième, donc on a 14 ans. Enfin, première grade, je ne sais pas. Je l'ai construite moi-même, ma première basse. Le manche, il l'a fait comme ça, j'ai mis les cordes. Je n'avais pas pensé qu'il fallait...
Arnaud :
Moi, c'est très simple. Donc, Cure, Cure, Cure, Cure, Cure. Et puis, Dire Straits. Brother in Arms et Cure. J'ai beaucoup aimé aussi. Moi, c'était mon premier 45 tours que j'ai acheté en sixième. C'était Visage, We Fade to Grey. Oui, oui. Après, il y a eu Susanna de The Earth Company. Ma première cassette, c'était Morgane de Toit de Renaud. J'étais un gros fan de Renault. C'était ça, vraiment Renault, Bruce Springsteen. Et puis quand je suis arrivé au lycée, là, je suis tombé. On m'a fait découvrir le Velvet Underground, Sonic Youth. J'ai arrêté, j'ai recommencé. Tout à zéro.
Philippe :
Merci les gars. Merci beaucoup.