Interview de Mathieu de Mowno

Mowno

Et ça continue sur notre lancée pour les interviews retranscrites, donc on vous souhaite une bonne lecture de l'interview de Mathieu du Webzine Mowno, ça se passe là, oui oui, ci-dessous. Merci à Mathieu pour sa disponibilité et le temps passé avec nous.

Philippe : 

Nous sommes avec Mathieu de Mowno, qui est un, Comment on peut dire maintenant ? Parce que ça a tellement évolué depuis plus de 30 ans maintenant. Je ne sais pas, vas-y. 

Mathieu : 

À l'époque, un fanzine papier... Enfin, même pas, c'était sur Internet. Bokson.net, c'était... Non, on a commencé papier. Papier, oui, c'est ça. On a fait 4 ou 5 numéros papier avant de passer sur le web. 

Ritchie : 

Voilà, donc c'était... Toi, tu étais originaire du Mans à l'époque. Donc tu as commencé comme ça. Moi, c'est comme ça que je pense que je t'ai connu, parce que je commençais aussi à mon côté à monter un label. Donc on avait commencé à échanger. Et puis voilà, de fil en aiguille, Bokson a changé de nom. 

Mathieu : 

Alors je ne sais pas par contre, là, je ne sais pas trop en quelle année, toi, tu as changé de nom. Moi non plus. Je crois que c'est aux alentours de 2002, je dirais. Non, je dis des conneries. En 2002, on est passé sur le web avec Bokson et on est passé sous le nom de Mowno en 2000. Je ne sais plus si c'est 6 ou 9. Ça fait trop longtemps. 

Ritchie : 

Donc depuis la genèse, tu as travaillé tout seul jusqu'à quand ? 

Mathieu : 

Alors je n'ai jamais travaillé tout seul. Jamais ? On a créé Bokson à trois. On avait chacun une esthétique. Moi j'étais rock, j'avais un pote qui s'occupait du hip hop et un autre qui s'occupait des musiques du monde mais principalement reggae. Et puis après, les emplois du temps de chacun ont fait que je me suis retrouvé tout seul et que j'ai continué. Et puis pour moi, de toute façon, la culture fanzine, c'est la culture rock. Et donc ça ne posait pas de problème sur le fond que je continue seul dans la voie. Mais j'ai toujours été après entouré de toute une équipe de rédacteurs qui étaient beaucoup plus restreintes à l'époque, évidemment. Mais voilà jusqu'à maintenant où on est photographes compris une trentaine. 

Ritchie : 

Ok maintenant 30 personnes autour de Mowno, c'est cool. Donc le changement de nom, tu l'as dit, c'est fait de Bokson à Mowno. Mais c'est quoi Mowno ? Pourquoi ce nom-là ? 

Alors ça ne veut absolument rien dire. Il y a eu un moment où avec Bokson on avait atteint un plafond technologique entre guillemets. On ne pouvait plus faire évoluer le site comme il était parce qu'il fallait carrément changer de structure. Et puis moi au même moment j'en avais un peu plein le dos de ce nom. Je trouvais qu'il avait une connotation hyper alternative. J'en avais un peu marre. Le jeu de mots Bokson, bruit, machin. Je trouvais ça un peu adolescent. Et puis au même moment, mon pote qui m'avait fait le site internet, qui avait acheté ce nom de domaine pour un autre projet, qu'il n'a finalement pas utilisé. Moi j'adorais l'esthétique, la connotation Mowno, stéréo, machin avec le W au milieu. Il y avait un truc, j'ai tout de suite... 

Philippe : 

C'était quoi Mono à la base du coup ? Pour son projet ? 

Mathieu : 

Je ne sais pas ce que c'était son projet. C'est un nom de domaine qu'il avait acheté, donc il avait réservé pour lui, mais qu'il n'avait finalement pas utilisé. Donc il me l'a filé. Et moi ça m'allait bien. Donc là le switch a été fait sur internet. Il avait déjà été fait sur Bokson. On avait juste transféré toutes les données de Bokson sous le nom de Mowno. C'est ça, le switch a été fait en changeant de nom sur Internet. 

Philippe : 

Et derrière ça, est-ce qu'en changeant de nom, il y a eu un déclic concernant ce fonds Zine Magazine, site Internet, sur un début d'une autre notoriété ? Ou est-ce que tu t'es reposé sur Bokson ?

Mathieu : 

Non, je n'ai jamais été dans cette réflexion-là. Non, ça s'est fait naturellement. On repartait sur une nouvelle identité. Après, on a eu notre petite vie routinière sur le web pendant pas mal d'années. Le gros changement, ça a été en 2022, quand on a sorti le bouquin anniversaire. Mais entre 2009 et 2022... Le site a évolué au fur et à mesure en termes de mise en page et d'esthétique mais nous on a décliné un peu l'identité visuelle avec Mowno, on s'est un peu amusé mais ça a été quasiment la même chose toutes ces années-là. 

Philippe : 

Les groupes internationaux ont quel regard par rapport à un magazine ? 

Mathieu : 

Ça c'est difficile de le savoir je t'avoue peut-être qu'il y en a qui nous ont un peu identifié grâce au réseau parce qu'on les identifie sur les stories Instagram et puis que la force de nous voir ils savent qui on est mais en tout cas enfin il n'y a pas Je ne pense pas que le déclic, s'il y en a eu un, il ne s'est pas fait vis-à-vis des groupes, il s'est fait vis-à-vis des professionnels de la musique, c'est-à-dire les attachés de presse, les labels, qui avant nous considéraient plus comme un fanzine, donc ne nous proposaient pas forcément toutes les opportunités d'interview. Mais à partir du moment où on a passé un cap. 

Il y a eu un premier passage en 2016, je crois, ou notamment grâce à Beggars qui nous a fait confiance sur plusieurs plans interview type Courtney Barnett, type Interpol, ces groupes auxquels on n'avait pas du tout accès avant, Parquet Courts, tu vois, tous ces trucs-là. Là, on a passé un premier cap, mais depuis 2022, c'est vrai que ce n'est pas du tout prétentieux ce que je dis, mais quand on demande une interview, si on ne l'a pas, c'est que ce n'est vraiment pas possible. 

Philippe : 

Quel regard tu as vis-à-vis d'abus dangereux ? 

Mathieu : 

Alors, abus dangereux, c'est marrant, mais abus dangereux, c'est le graal.

Beaucoup de gens nous disent qu'on est un peu les héritiers de Abus Dangereux

Sans doute. Mais ce n'est pas ma génération. Ce n'est pas le même fonctionnement non plus. 

Non, et puis surtout que c'était avant. Enfin, c'était avant, non, mais moi, j'ai beaucoup plus été Kérosène. 

Non, qui n'est plus là. Je ne parle pas de l'émission Rennaise. C'est le Fanzine de Nancy. Mais Abus dangereux, il y a eu un énorme respect, mais ce n'est pas un truc que j'ai lu. 

S'il y a un lien qui peut être fait entre le Mowno d'aujourd'hui avec l'Abus, le disque et Abus Dangereux, il n'est pas calculé de ma part du tout. 

Philippe : 

De votre côté, où sont les difficultés financières ? 

Mathieu : 

Ce n’est pas si simple aujourd'hui.

Philippe : 

Est-ce que d'un point de vue structure, vous n'êtes pas trop gros ? Est-ce que ce format-là vous convient ? Financièrement, ça tient ? 

Mathieu : 

Financièrement, on a un fonctionnement très bénévole. Il n'y a que moi qui me rémunère sur Mowno parce que j'y passe 8 jours sur 7. Et j'arrive à peu près à 70-80% mais grâce à la pub sur le site. Parce qu'on a réussi à monter une offre qui est, je pense, très cohérente, très éthique, très respectueuse des lecteurs. C'est-à-dire qu'on considère la pub comme un complément d'information, parce qu'on ne veut surtout pas que ça pollue la lecture. Je pense que les annonceurs l'ont bien compris aussi. On leur vend une exclusivité. C'est-à-dire que quand ils achètent une semaine, on ne voit qu'eux. Et ils ont la garantie qu'on ne voit qu'eux. Et donc ça, c'est une grosse partie de ma rémunération. Et après, il y a la revue, mais qui est plus un produit d'image, on va dire, parce que ça s'autofinance. Et après, à côté, je suis graphiste freelance, je me débrouille. Mais je n'aurais jamais pensé, ne serait-ce qu'il y a 4-5 ans, que Mowno puisse me rémunérer autant. J'écoutais beaucoup trop les gens qui me disaient « laisse tomber, c'est le lundi, c'est du punk, qu'est-ce que tu vas vivre de ça ? » Et finalement, ça marche. Finalement, il y a un peu de place.

Philippe : 

Alors, Mowno, ça se lit, ça s'écrit, ça se lit, mais ça s'écoute aussi ? Il y a du son qui est diffusé. 

Mathieu 

Oui, par plusieurs biais. Tu as beaucoup de playlists. Tu as une radio en ligne qui s'appelle Stewéo. Et puis évidemment il n'y a aucun contenu qui est publié sur le site sans qu'il y ait quelque chose à écouter bien sûr. 

Philippe : 

Alors comment ça marche ? Je veux dire, vous, côté musical, c'est toi qui fais le choix ou vous êtes plusieurs à imaginer ce qui peut passer ? 

Mathieu : 

Je m'occupe quand même de beaucoup de choses et par souci de temps je ne peux pas faire un truc qui soit très collectif. La radio, toute la programmation de la radio c'est moi, toutes les playlists c'est moi. Et après, dans notre fonctionnement interne, quand des gens, quand des rédacteurs publient une chronique, par exemple, c'est eux qui me disent quel morceau il faut mettre en avant. Et le choix du dernier 45 tours, on en parle 100% en juin. 

Philippe : 

Qu'est ce qui s'est passé ? 

Alors c'est une trop longue histoire que je ne peux pas t'expliquer là. 

Philippe : 

D'accord. 

Mathieu : 

Parce qu'il y avait à la base toute une stratégie derrière, mais en tout cas on est hyper content d'avoir ces deux groupes-là. Moi le dernier album de Daria c'est un album que j'ai énormément écouté, et je trouve que Fragile c'est un nouveau groupe d'une fraîcheur folle. 

Si vous avez vu le concert d'hier, ça ne fait pas de plis. Je suis très fier de les ajouter à la série. 

Philippe : 

Donc toi, de ton côté, il fallait absolument que tu sois présent sur Angers. 

Mathieu : 

C'était une obligation. On est déjà venu l'année dernière, c'était une super expérience. Rencontrer les gens, c'est le seul festival qu'on fait en physique où on peut discuter vraiment avec nos lecteurs. Donc le refaire cette année c'était déjà garanti. Et puis le fait qu'il y ait deux groupes en juin sur le disque, il fallait absolument que le nouveau numéro sorte pour le festival et on l'a reçu hier matin donc c'était vraiment ric rac. 

Philippe : 

Ok. Bah du coup on se revoit l'année prochaine ? 

Mathieu : 

Avec plaisir. 

Philippe : 

Merci Mathieu.